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« Les impressionnistes en privé » au Musée Marmottan-Monet, est une exposition qui parle au cœur. C’est un hommage aux collectionneurs internationaux. Ils sont au nombre de 51 à avoir prêté leurs œuvres, peu connues du public, peintures, sculptures, dessins. Quel parcours intimiste dans ce musée écrin !

Rejeté des salons, le mouvement impressionniste est une « histoire privée » dès l’origine. Sans les achats audacieux faits entre ses peintres, ou par de généreux mécènes (Caillebotte était un grand acheteur), point de salut.

 

Pour les 80 ans du musée Marmottan, Patrick de Carolis, directeur du Musée, a voulu rendre hommage à ces collectionneurs, pour qui « l’art est la condition naturelle et nécessaire de leur existence ». Il a organisé cette expo comme la visite d’une collection particulière, retraçant de façon chronologique le parcours de ces artistes anticonformistes. Pari réussi.

 

Dès l’entrée, Corot ouvre la marche avec « Ville d’Avray, le grand étang et ses villas ». Johan Barthold Jongking émerveille avec « Vue de Meudon du Pont de Suresnes ». Les impressionnistes aimaient peindre la nature dans ces bouts de campagne, aujourd’hui si urbanisés. Une douce mélancolie nous envahit, on se souvient du temps où les vaches paissaient non loin de la Seine.

 

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Drôles sont les caricatures de Monet, qui dit « c’est grâce à Boudin en 1858 que je suis devenu peintre ». Touchante est ce « Portrait de jeune femme » de Berthe Morisot (qui a dorénavant plusieurs salles à l’étage du Musée). Nous avançons d’un pas mesuré, il y a foule en ce jour ensoleillé. Mais ce soleil n’impressionne plus, il s’est réfugié à l’intérieur ! Les ocres charnels des terres aux pieds des « Pommiers en fleurs à Louveciennes » de Sisley (1873), nous charment autant que les teintes pastel des « Chaumières à Auvers sur Oise », « Les vues de Pontoise » ou la « Meule », peintes la même année par Pissarro. Ces trois peintures mates, camaïeu d’ocres, enfants jouant dans les champs, hommes et femmes sans visages, taches de couleur choisies, offrent un spectacle de choix.

 

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Puis vient Claude Monet et un soleil radieux sur « Les planches de Trouville » (1870). Le bleu du ciel se reflète dans les robes. Les « Vues de Monte-Carlo », ou d’Antibes, ou les « Falaises à Pourville » célèbrent les cieux et la terre, battue par les vents marins. Berthe Morisot offre de belles leçons, non pas de choses, mais de maternité apaisée. Nous tournons vers la droite et se dressent devant nous des Caillebotte rares, car de grand format : « Les soleils », une foule sentimentale de tournesols, ou « Dahlias, jardin du Petit Gennevilliers », où les dahlias vieux rose font écho à la toiture de la maison (affiche de l’expo). Arrivent les vues de Paris, comme des photographies prises sur le vif d’un toit ardoise, Caillebotte excelle !

 

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Degas, avec ses fusains et pastels nous donne le frisson. Arrêtons-nous un instant devant l’extraordinaire technique du maître devant « Après le bain, jeune femme couchée » (1885). On avance prudemment, car au loin un bronze de près d’un mètre, presque vivant nous observe : « La petite danseuse de 14 ans », toute de grâce vêtue, pointe son menton dans notre direction. Son tutu défraîchi ajoute à son charme. Quelle énergie !

 

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Pierre Auguste Renoir est remarquable de loin dans ces salons peu éclairés. Le gardien a laissé une porte-fenêtre ouverte, un rai de lumière nous aveugle, mais nos yeux n’en ont que pour « L’enfant assis en robe bleue », il s’agit d’Edmond Renoir, et sa longue chevelure, son visage parfait, nous racontent l’histoire de cet instant. Le magnifique petit format « Jeunes filles au bord de la mer » (1894) nous attendrit ; on entend le vent, les chevelures ondulent.

 

Dans un coin, de petits formats se savourent, penchés sur la vitrine, dont le très vif pastel de Sisley sur papier bleu « Gardienne d’oies au bord du Loing» (1ère photo, en haut). D’en haut un grand pastel « Portrait d’Anne Marie Durand Ruel » (1908) de Mary Cassatt nous contemple (impressionniste américaine, grande amie de Degas, célébrée au Mona Bismarck en 2012). Notons que Paul Durand Ruel était un marchand d’art très influent qui a beaucoup aidé à faire connaître les impressionnistes dans le monde entier.

 

Puis viennent les dessins, études de Renoir, et une très belle gravure « Mary Cassatt au Louvre » de Degas, une gravure douce, aquateinte et pointe sèche sur simili japon de 1879, pour être précis.

 

Le musée Marmottan aurait pu recréer un appartement fin XIXème pour parfaire cette exposition hors du temps, nous en aurions été reconnaissants, avec un petit salon, où nous nous serions assis, béats d’admiration et où pour nous revigorer, nous aurions savouré un thé et des petits gâteaux, peut-être même .. une madeleine !

« Les impressionnistes en privé, cent chefs d’œuvres de collections particulières », Musée Marmottan-Monet, du 13 février au 6 juillet 2014.

 

Retrouvez les jeux Sylvie de Soye au rayon juniors de la très intéressante boutique du Musée, où nombre de livres sur les impressionnistes sont à acheter pour être dévorés. 

 

Crédits : (de haut en bas)

Alfred Sisley Gardeuse d’oies au bord du Loing. Collection particulière DR –

Camille Pissarro Chaumières à AuverssurOise vers 1873. Collection particulière © Christian Baraja –

Claude Monet Sur les planches de Trouville, hôtel des Roches Noires 1870. Collection

particulière, Europe Photo © Christie’s Images / The Bridgeman Art Library –

Gustave Caillebotte Les soleils, jardin du PetitGennevilliers Vers 1885 ©Collection particulière –

EdgarDegas Petite danseuse de quatorze ans 1879‐1881 Bronze. Collection particulière européenne © Studio Guespin – 

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