Les impressionnistes ont dû batailler fort pour imposer leur style ; Edouard Manet se heurte à l’incompréhension du public en s’opposant aux traditions, alors qu’il ne rêve que de sa reconnaissance. Le Balcon n’est pas un tableau sulfureux, comparé au Déjeuner sur l’herbe ou à Olympia, représentant tous deux des nus, mais il mérite un détour, ne serait-ce que pour ces dames, dont les toilettes sont lumineuses ou pour tout simplement leur expressivité.

 

 

L’impressionnisme avait à cœur de représenter la figure humaine dans ses gestes quotidiens, rompant avec les connotations historiques, religieuses ou mythologiques. Ainsi Edouard Manet cherche le jeu des formes, du mouvement, des couleurs, il annonce la peinture moderne. On peut déceler dans ses tableaux des sentiments profonds, comme la mélancolie, la solitude, l’inquiétude de ses personnages, sentiments énigmatiques faisant partie de ce tableau.

 

 

Mais à quoi pense Sylvie de Soye quand elle regarde ce Balcon ? A plein de choses, et non sans une certaine sensibilité.

 

 

« Des amis artistes de Manet ont accepté de poser pour ce Balcon ; on reconnaît à gauche Berthe Morisot*, seule femme peintre du groupe impressionniste, à l’art plein de délicatesse et de sensibilité. Ce qui frappe d’abord dans cette toile, c’est que les trois personnages regardent chacun dans une direction différente ; quel lien rassemble donc ces gens qui semblent n’avoir rien à se dire, Berthe Morisot encore moins que les autres ?

 

Car c’est bien elle le personnage principal du tableau ; elle est beaucoup plus présente que ses compagnons, assise avec majesté au premier plan ; et pourtant quelle absence ! Ses grands yeux noirs et profonds sont emplis de mélancolie, trahissent peut-être même une certaine angoisse. Ce regard est une énigme. Guette-t-elle quelqu’un, ou au contraire est-elle perdue dans ses rêveries, dans des pensées secrètes ? La fixité étrange de ses yeux révèle-t-elle simplement la passion de l’art et de la beauté ?

 

Elle a l’air d’une femme espagnole, avec son éventail, sa chevelure noire, son châle et son pendentif. Manet, influencé par les peintres d’Espagne, s’est inspiré d’une œuvre de Goya, « Majas au balcon » ; il aime opposer les tons de noir et de blanc ; ici les verts contrastent avec la blancheur raffinée des mousselines. Une seule couleur chaude, le rouge de l’éventail que tient Berthe Morisot, comme si Manet avait voulu mettre l’accent sur elle. Les deux autres personnages sont insignifiants, comme relégués à l’arrière par ce regard sombre qui ne cesse de nous retenir.

 

Le balcon lui-même a son importance dans le tableau : il occupe la moitié de la toile, et forme une barrière entre les personnages et nous, comme s’ils nous étaient inaccessibles, et leurs pensées impénétrables. Le tableau est accepté au Salon de 1869, mais, une fois de plus, les critiques sont sévères. Il ne sera toujours pas vendu à la mort de Manet. » Extrait du Livret accompagnant le Jeu des 7 familles Autour de l‘Impressionnisme des Jeux Sylvie de Soye. 

 

 

Photo : Le Balcon (1868 – 1869) d’Edouard Manet

 

 

* Découvrez notre article sur Berthe Morisot

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